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Et si…
26 octobre 2015

Je m’intéresse aux détails qui quelquefois donnent un sens à l’ensemble. Faire un pas de côté, sortir du groupe, déplacer le regard jusqu’à trouver le truc qui résonne, qui étonne. Le monde est un puzzle aux bordures confuses et un peu de hauteur permet quelquefois d’en apercevoir les contours. Sans prétention, je mâchouille les mots jusqu’à ce qu’ils rejoignent une idée. Ceci dit, comme le plaisir de la forme prend de temps en temps le pas sur le fond, il arrive que ma parole déborde ma pensée, mais comme ma pensée est floue et le monde confus, la portée est fort heureusement limitée à ceux qui estiment qu’un peu d’esprit n’abime pas toujours un raisonnement.  

Il est étrange de remarquer que plus l’accès à l’information est global, plus la confusion s’installe. A croire qu’un petit malin nous a fourni un bolide en omettant de nous remettre les clefs de l’engin, le guide d’utilisation. La matière est là, à profusion, a portée de main. A un tel niveau qu’on se demande quelquefois l’intérêt d’apprendre, puisqu’il suffit de consulter pour savoir. Et c’est peut-être là que réside le malentendu. Parcourir une nouvelle n’est en aucun cas synonyme de la comprendre. Une succession d’information sans mise en perspective est une image sans la parole. Elle donne l’illusion du savoir…

Ayant fait table rase des religions, des idéologies, des nouvelles frontières, il n’y a plus de projet collectif, plus de sens, plus de directions. Il n’y a pas dans le monde animal d’organisation plus créatrice de valeur et chaotique que la nôtre.  Et, puisque dieu ou le diable nous a équipés d’une conscience, nous nous débattons avec le vide, trouvant tous les expédients possibles pour combler cette absence.

Ce qui constituait notre socle se détricote progressivement. Lorsque l’on prend un peu de recul, on observe que tout comme un organisme défaillant, les membres lâchent les uns après les autres.

Sur un plan institutionnel, l’idée d’Europe imaginée par des cerveaux marqués par la Seconde Guerre mondiale ? Oublié… Le référendum sur l’autodétermination de la Catalogne en est le parfait exemple. Que deviendrait le club de foot du Barca si la région s’affranchissait du royaume d’Espagne. Pas certain que cette question soit à la hauteur de l’enjeu. L’effet domino nous guette, la facilité est embusquée un peu partout en Europe. La domination intellectuelle, économique et politique de l’occident s’efface devant un monde multipolaire… La patrie nation qui devait cimenter nos valeurs, nos destins ? Balayées par la pseudo modernité, par l’inconsistance de nos dirigeants, par une mondialisation ogresse de nos particularités. Sur un plan sociétal, la famille, cellule primaire et essentielle ? Démembrée, puisque l’engagement est à l’image de notre époque, faible…

On aurait pu penser que le savoir allait prendre le relai, mais non, c’est la régression qui nous aspire. Regardez un ado devant la télé… regardons-nous avec les réseaux sociaux… dictature de l’émotion, instantanéité, superficialité… Drôle comme le vide est fascinant, attirant, séduisant !

Alors la fin du monde ? Non, juste la transition douloureuse entre un monde un peu figé et … ben, je ne sais pas au juste ! C’est  vrai qu’elle est embarrassante cette liberté. Elle colle au doigt et tout en la voulant désespérément lorsqu’on en est privée, elle nous tétanise lorsqu’elle nous est offerte. Un peu le principe de la patate chaude. On se la passe, de l’un à l’autre… tout plutôt que la responsabilité, tout plutôt que d’assumer. Alors on la gaspille. N’y aurait-il que dans le combat que les choses prennent un sens ?

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Le spectacle de Donald Trump, candidat aux primaires républicaines aux USA, vulgaire et populiste, est le parfait reflet de cette confusion générale. Comment imaginer qu’avec la masse d’information disponible, un tel personnage puisse trouver un écho auprès de la population de la plus grande démocratie au monde ? A croire que l’ignorance est devenue une religion. Et comment argumenter avec un fanatique ? Discuter avec des slogans ? Contre dire une absence de réflexion? Idée contre émotion ? Le combat est perdu d’avance. L’ignorance et le fanatisme s’abreuvant aux mêmes sources… Elle déstabilise tout sur son passage. Le populisme est de retour… l’ignorance est au portes du pouvoir… il rayonne de toute son ombre dans nos rues et nos maisons. Ombre projetée étonnamment par la lucarne de nos écrans chargés à bloc d’informations et de savoir. Étrange paradoxe…

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Derrière ce mur d’information, il y a une nouvelle organisation qui émerge, un rapport à l’autre et à soi-même.  Sans être totalement convaincu du bien-fondé de cette mutation, je suis conscient que si la nature a horreur du vide, notre nature est d’être en évolution constante. J’aime la liberté sous tous ces aspects, même quand je suis minoritaire. En démocratie, c’est la majorité qui décide. Dans le kaléidoscope qui se dessine, j’ai un peu le sentiment que les esprits libres se réfugieront dans la minorité.

Et puis, si on a pas peur d’être un peu seul, rien n’interdit d’être à contre-courant.

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Finalement, j’aime bien la confusion. C’est un peu mon terrain de chasse. C’est assez passionnant de chercher un sens, imbriquer les pièces du puzzle, accéder à l’intelligence qui circule un peu partout, attraper ce moment, très éphémère par nature, où l’information devient une idée, une pensée. Drôle ou pathétique, imparfaite ou brillante, la pensée permet de se hisser un cours instant à la hauteur de cette liberté qui nous a été donné en héritage. Tout comme un nageur de brasse, on surgit tout étonné, la tête au-dessus des flots, on prend une délicieuse respiration, avant de replonger, dans la confusion…

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